Entretien avec XAvier vandemergel
Le Docteur Xavier Vandemergel travaille au Centre des maladies de la thyroïde, à l'Institut Médical Spécialisé de Hornu en Belgique. Avant la sortie prochaine de son livre sur la glande thyroïdienne, il a accepté de répondre aux questions de Festalgue sur l'iode et les algues.

Pourquoi est-ce important de consommer de l’iode ?
Car c’est un oligo-élément essentiel dans la fabrication des hormones thyroïdiennes. D’ailleurs le seul rôle connu de l’iode est d’être stocké dans la thyroïde pour ensuite être incorporé dans les hormones thyroïdiennes. Celles-ci sont impliquées dans le métabolisme et de nombreux tissus et organes sont sous le contrôle direct ou indirect des hormones thyroïdiennes (poids, production de chaleur, rythme cardiaque, transit intestinal, mémoire,…).
Quels sont les impacts sur la santé du manque d’iode ?
Cela dépend du moment de la carence. Pendant la grossesse, il existe un risque de fausse-couche ainsi que l’apparition d’une hypothyroïdie chez le nouveau-né. Dans l’enfance, il existe un risque de retard intellectuel. Une étude espagnole a mis en évidence un QI inférieur de 13 points entre des enfants carencés et d’autres avec un apport optimal. On constate également des risques d’hypothyroïdie et de goitre (gonflement de la thyroïde).
Vous affirmez que 60% des femmes françaises seraient en carence d’iode : comment expliquer ce chiffre ? Et y a-t-il moins de carence chez les hommes ?
Il existe des disparités entre les régions (moins de carence sur les côtes maritimes…). La cause est essentiellement alimentaire et la carence concerne aussi les hommes. Mais en consultation, nous voyons essentiellement des femmes car il y a une idée assez répandue dans la population (et fausse) qui est : si je grossis c'est à cause de ma thyroide.. .
Ce chiffre n’est-il pas exagéré par rapport à l’AFSSA qui parle de 20% ?
Tout d’abord il faut souligner le fait que la détermination d’une carence en iode est difficile puisque l’examen de référence reste l’excrétion urinaire en iode, ce qui ne se fait pas en pratique régulière. On se retrouve donc le plus souvent avec des études épidémiologiques qui font des cartographies des carences, les individus étant « classés » dans des catégories « carence modérée » ou « carence sévère ». Une des ces études publiée en 1999 rangeait la France ainsi que la Belgique, l’Espagne, l’Italie ou encore l’Allemagne dans le groupe des carences modérées. Il existe bien évidemment des disparités énormes à l’intérieur des populations ! Dans les chiffres cités par l’AFSSA, il était question de 20% lorsque le taux d’iodurie était inférieur à 5µg/100ml, ce qui définit une carence modérée et ne se penchait pas sur la frange de la population avec des taux entre 5 et 10, ce qui définit une carence légère. Or une carence légère est également délétère sur la santé. Ces chiffres sont donc sous-estimés. Il faut encore souligner qu’il n’existe pas d’étude sur le risque carentiel chez la personne âgée.
Les femmes enceintes et allaitantes ont besoin de plus d’iode que le reste de la population : Peut-on leur conseiller de manger des algues ?
Certainement. Le besoin en iode d’une femme enceinte et/ou allaitante se situe entre 200 et 250µg/jour. L’apport journalier quotidien d’origine alimentaire rencontre rarement ce besoin. De plus le sel iodé constitue une source de sel qui peut être néfaste sur la tension artérielle.
Y a t il un risque de manger trop d’algue et donc d’iode ?
Le point central est évidemment d’éviter tout excès. Il faut d’abor souligner que d’un point de vue épidémiologique il existe plus de personnes en carence d’iode qu’en excès.
De plus, la thyroïde possède un système de protection contre l’excès d’iode. Pour simplifier, disons qu’à partir d’un certain seuil, l’iode ne pourra plus pénétrer dans la thyroïde et sera directement éliminé dans les urines. Il est vrai que si la thyroïde est malade déjà dès le départ, il y a un risque que ce mécanisme de protection soit non fonctionnel avec des conséquences sur le fonctionnement thyroïdien.
Des Japonais, grands mangeurs d’algues, ingéreraient 12 000 mcg d’iode par jour… A-t-on à votre connaissance noté plus de troubles thyroïdiens au Japon qu’ailleurs ?
Il n’existe que peu d’études et paradoxalement le taux d’iodurie des japonais est très mal connu. En 2008, Tokushige et ses collaborateurs ont étudié les effets de grandes quantités d’algues chez des sujets japonais. Ils ont constaté des modifications dans la production hormonale et concluaient que des apports trop importants pourraient être néfastes.
Est-il vrai qu’en Europe de plus en plus de personnes souffrent de troubles thyroïdiens ? Pour quelles raisons ?
Il existe plusieurs raisons invoquées mais la plus importante et que les tests sanguins sont devenus tellement simples et efficaces que cela devient quasiment un test de dépistage avec secondairement beaucoup plus de cas mis en évidence.
Comment peut-on savoir si on a des problèmes thyroïdiens ?
Par la réalisation d’une simple prise de sang et d’un examen clinique de la thyroïde (palpation). Les tests de dépistage sanguin sont extrêmement sensibles et suffises le plus souvent. En cas d’anomalie, une échographie est souvent réalisée et parfois une scintigraphie (en cas de suspicion d’hyperthyroïdie).
Beaucoup de résidents d’Europe de l’Est et de Russie ont mangé des algues après Tchernobyl : était-ce utile?
Non, il aurait fallu le faire avant. Le problème lors d’accident nucléaire de ce type est l’accumulation de l’iode radioactif dans la thyroïde et cette accumulation est d’autant plus importante que la glande est avide « en manque » d’iode. Le risque était donc plus important chez les résidents carencés.
Le Professeur Testud, du Centre de Pharmacovigilance de Lyon, estime que 1500 mcgr/jour est le seuil d'iode qui pourrait déclencher un dérèglement thyroïdien. Y a t il consensus là dessus ?
Il n’y pas de consensus là-dessus. Je citerai d’abord les travaux d’équipes Japonaises et que j’ai déjà exposés plus haut. Je donnerai un autre exemple. Il existe des médicaments contenant de l’iode. Un de ceux-ci, très connu, sert à éviter les troubles du rythme cardiaque (amiodarone). La quantité d’iode qu’il contient est énorme, de l’ordre de 75000µg par comprimé. Très souvent les cardiologues nous envoient ces patients afin de vérifier l’état de la thyroïde. Et bien assez souvent, malgré la prise de plusieurs comprimés par jour pendant plusieurs années, on ne constate rien ! la thyroïde continue de fonctionner normalement, ce qui veut dire qu’elle est capable de s’adapter à des apports importants pourvu que son mécanisme de régulation soit adéquat.
Dr Xavier Vandemergel Centre des maladies de la thyroïde Institut Médical Spécialisé Hornu, Belgique.
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